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Une rencontre judéo-chrétienne à Coutances A l'initiative de l'Association " Amitié Judéo-Chrétienne de France " (AJCF) s'est tenue une soirée entre deux Israéliens, l'un juif, l'autre arabe appartenant au même village de Nevé Shalom (dénomination juive), Wahat as- Salam (dénomination arabe), ce qui signifie " oasis de paix "(Isaïe 32,18). Qu'est-ce que l'Association " Amitié Judéo-Chrétienne " (AJCF)?
L'Amitié judéo-chrétienne est une association qui
a pour tâche essentielle de faire qu'entre le Judaïsme et
le Christianisme la connaissance, la compréhension, le respect
et l'amitié se substituent aux malentendus séculaires
qui ont marqué et marquent trop souvent leurs relations. Elle
veut montrer que le dialogue est possible entre les Arabes et les Juifs,
et qu'il est déjà ici et là actif. Cette association
cherche aussi à combattre l'image manichéenne et réductrice
des médias qui, selon leur appartenance, dès qu'une bombe
explose en Israël ou en Palestine, présentent tous les Arabes
ou tous les Juifs soit comme des assassins, soit comme des victimes
, sans aucun esprit critique. La création d'un village " utopique "
Le village Nevé Shalom /Wahat as-Salam est né il y a plus
de trente ans de l'intuition suivante : la paix est plus assurée
lorsque les gens la désirent que lorsqu'elle est imposée
de l'extérieur. Les discussions peu à peu s'organisèrent en ateliers plus structurés et sur plusieurs jours, abordèrent au fil du temps les oppositions en tout genre. Les uns, par exemple les Juifs, se présentant comme vivant dans une démocratie, une république, affirmant qu'ils pouvaient voter librement en opposition avec leurs vis-à-vis, en l'occurrence les Arabes, qui n'avaient pas la démocratie, pas la république, pas d'élections libres. Et ainsi de suite L'angle d'approche de l'Autre était alors celui de la négation : " Vous n'êtes pas comme nous " Avec tous les sous-entendus que contient cette vision négative. Chacun, à son tour, s'estimant victime et attaquant l'autre. . Il en fut de même sur la culture familiale : Les Arabes se présentant comme défenseurs de la famille, de l'éducation des enfants par les femmes, du respect des vieillards et dénonçant chez les Juifs, le divorce, la jeunesse dépravée, la mise des vieux en maison de retraite. Cette méthode de va et vient entre les deux " ethnies " fut comme un miroir plaçant chacun devant ses propres contradictions, renvoyant les uns et les autres à leurs ombres et à leurs lumières. Ce processus d'ateliers de discussions entraîna lentement une découverte, une connaissance, une loyauté dans les échanges et un respect de l'identité de chacune des parties, juive et arabe et finalement autorisa donc à franchir une étape nouvelle pour construire une vie commune. Les créations éducatives du village
Des deux côtés, les membres eurent des enfants , et se
posèrent , comme partout, les questions de garde des enfants,
de création de crèches, puis de l'école
Il
faut décider alors que l'enseignement à l'école
primaire utiliserait les deux langues, l'arabe et l'hébreu, enseignerait
les deux cultures , juive et arabe, les trois religions chrétienne,
musulmane et juive, et que l'école serait ouverte bien sûr
aux enfants du village, mais aussi à des enfants venus des villages
alentours (aujourd'hui elle compte 250 élèves).Cette école
primaire connaît un prolongement logique par l'animation d'une
" Ecole pour la Paix " qui a essaimé en Irlande du
Nord, au Kosovo.
La deuxième partie de la soirée a été occupée
par le témoignage d'un Israélien Juif, Yair. Né
de parents juifs, venus du Maroc pour participer à la création
de l'Etat juif, dans la mouvance sioniste, Yair a grandi comme tous
les enfants juifs de son âge. A 18 ans, il a effectué son
service militaire, s'est marié et pensait qu'une coexistence
était possible entre les Israéliens, qu'ils soient juifs
ou arabes. Pour lui, cet espoir était proche en 1993 quand Rabin,
chef du gouvernement israélien et Arafat, chef des Palestiniens,
se mirent d'accord sur un processus de paix, dénommé les
Accords d'Oslo. Mais l'assassinat de Rabin par des extrémistes
sionistes en novembre 1995 fut pour lui une remise en cause brutale
: l'espoir était encore envolé.
A la suite de cette double présentation, les questions furent nombreuses. En voici quelques extraits significatifs. Quelle est la situation du village en 2007 ?
Le village en 2007 comprend 50 familles, à parité juives
et arabes palestiniennes, toutes citoyennes d'Israël. Une charte
de vie en commun a été élaborée et précise
les droits et devoirs de chacun autour de l'axe fondamental qui est
le respect de l'identité des uns et des autres dans la diversité
et toutes les décisions pour la vie du village sont prises en
réunions également paritaires. Pour intégrer le
village, les candidats doivent expliquer leurs motivations et participer
à des discussions dans lesquelles toutes les questions de vie
doivent être abordées, ainsi que nous l'avons signalé
précédemment. Les familles actuelles sont plutôt
composées de personnes aux professions libérales ou travaillant
dans les secteurs éducatifs. Si pendant les premières
années, les habitants du village Nevé Shalom étaient
considérés soit comme des traîtres à la cause
sioniste par les Juifs extrémistes, soit comme des naïfs
et de doux rêveurs, aujourd'hui la réalité du village
force le respect, et des entreprises analogues ont vu le jour à
Saint Jean d'Acre, Jérusalem, Jaffa. L'espoir se renforce. A Noël, il était possible de voir, sur les dessins d'enfants de la même classe, le chandelier juif à 7 branches , une mosquée décorée pour la fête, un " papa Noêl ", une crèche chrétienne. Représentation indiquant une coexistence entre les différentes religions du pays et porteuse d'espoir. Attention, il ne faut pas se méprendre : il s'agit pas de mélanger les religions, mais de montrer que la vie commune est possible, dans le respect de chaque identité religieuse, ce qui est un des points fondamentaux de la charte du village. Pourquoi les Israéliens Arabes ne font-ils pas le service militaire ? Les Israéliens sont tenus de défendre leur pays et effectuent un service militaire .Les Israéliens Arabes ne peuvent effectuer ce service, car il serait difficile pour eux de se battre contre les Arabes des pays voisins. Avez-vous
des projets ?
Pour conclure, relisons un passage de Bruno Hussar, qui traduit foncièrement
l'esprit fondateur de ce village : Qui a dit que le rêve ne pouvait devenir réalité ? Notes
prises par Etienne Vallée
Paroisse de Coutances,
1 rue du Puits Notre-Dame 50200 COUTANCES tél. 02 33 45 00 41 |